Francisco Van Der Hoff

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Rencontre avec le fondateur du commerce équitable

 

« Les solutions viennent d’en bas »

Francisco Van der Hoff

Emigré vers le Chili en tant que prêtre-ouvrier, puis forcé à déménager au Mexique suite au coup d’Etat, le Néerlandais Francisco Van der Hoff vit aujourd’hui au sein de la communauté des Zapotèques dans la région montagneuse de Oaxaca au Sud du Mexique. Pour gagner sa vie, il est impliqué dans l'activité principale de la région, la cueillette de café. Bien qu'il ait grandi avec 16 frères et sœurs dans une famille d'agriculteurs aux Pays-Bas, il admet : « Je ne connaissais rien sur le café quand j’ai commencé – les producteurs de café ont dû m’enseigner ». Docteur en économie politique et en théologie, il souligne l'importance de l'apprentissage, pour incorporer la sagesse de nos ancêtres au lieu d’accumuler des connaissances superficielles : « Au Nord, nous connaissons trop, mais nous comprenons trop peu ».

Création du premier label du commerce équitable

Au début des années quatre-vingt, Francisco van der Hoff a participé avec d’autres cueilleurs de café indiens à la création de « l’Union des communautés indigènes de la région de l'isthme (UCIRI) », qui compte aujourd’hui 2600 membres dans plus de 50 communautés de la région. Pour sortir de la misère, de l'exploitation et de l'exclusion, les caféiculteurs ont voulu créer un commerce alternatif, un nouveau type de marché. En collaboration avec Nico Roozen de l'ONG néerlandaise Solidaridad, le premier label pour le commerce équitable « Max Havelaar » a été créé en 1988.

Fairtrade – une solution pour mettre fin à la pauvreté ?

Francisco Van der Hoff n'a jamais considéré le commerce équitable comme une solution en soi, mais plutôt comme un instrument pour atteindre un but ultime : un vrai changement du système. Pour lui, les mesures des pays du Nord pour éradiquer la pauvreté sont une voie sans issue et un moyen de dominer les pays pauvres. À la place, il prône une « pauvreté digne » – un style de vie qui garantit l’accès aux besoins humains fondamentaux et protège la dignité des producteurs.

« Le commerce équitable est un élément d'un mouvement global. Uniquement dans la cohésion, on peut établir peu à peu une conviction qu’un changement est nécessaire et urgent. Basé sur les principes de l'économie solidaire, le commerce équitable doit être un effort collectif, en collaboration avec d'autres organisations, pour créer un « capitalisme humain ». Le capitalisme néolibéral ne fonctionne manifestement pas, comme l’a montré la crise financière de 2007. Alors que celle-ci a été perçue de manière très négative dans les pays du Nord, pour nous, au Sud, c’était « un cadeau de Dieu ». Il y avait enfin l’espoir que le monde change. La crise est l'occasion de repenser l'ensemble du système. Le système économique actuel produit la misère, il crée un grand écart entre les riches et les pauvres, donc des conflits sociaux. Nous devons faire face à ces conflits avant que la situation ne s’aggrave. C’est une question de décence et de démocratie. Nous devons créer une nouvelle conception de l'économie dans laquelle les exclus sont inclus. Il faut que les solutions viennent d'en bas. Au Mexique par exemple, Fairtrade a eu un effet positif sur la discrimination contre les Indiens. Nous avons maintenant des alliances entre les gens des montagnes et des villes, qui auparavant étaient des ennemis. Ceci est politiquement très important pour créer un monde meilleur - un monde différent. »

Van der Hoff questionne la pensée occidentale, une « pensée unique » qui tourne autour des concepts de « progrès » et de « développement ». Il faudrait évoluer vers une perception positive de la diversité. Au lieu d’une perception individualisée, il faut créer des liaisons entre différents mouvements pour installer un processus d’apprentissage à long terme. Van der Hoff considère l’intérêt pour l'autre comme essentiel, surtout dans une société où l'individualisme domine : « Nous n’avons pas le droit de vivre au détriment de l'autre ».

L’évolution du mouvement Fairtrade et les futurs challenges

Les producteurs en tant que créateurs du mouvement doivent rester au centre des préoccupations du commerce équitable. Avec un petit sourire aux lèvres, Van der Hoff déclare que le but ultime de Fairtrade serait que les produits équitables n’auraient plus besoin d’un label, mais qu’au contraire les produits ne respectant pas les critères d’une production respectueuse des droits humains et de la nature devraient être scellés. « Acheter, c’est voter. Fairtrade est non seulement une question de dollars et de cents ; c’est une question politique. L'État a l’obligation d’assurer le bien-être de tous les citoyens, donc de contrôler le marché par des règles pour ne pas laisser le champ libre aux grandes entreprises. »

Manifeste des pauvres

Let us fight for a world where all kinds of worlds are possible

En juin 2015, Francisco Van der Hoff était en visite au Luxembourg, où il a participé à une conférence et rencontré des acteurs luxembourgeois qui s’engagent pour le commerce équitable.

Dans son livre intitulé « Manifeste des pauvres », Francisco Van der Hoff prône une économie de la « pauvreté digne » qui garantit le respect des droits humains de base. Le livre a été traduit en 16 langues.